Amours empêchées à l’adolescence
Sophia Theodoropoulou
À l’adolescence, les sujets rencontrent souvent des empêchements dans leurs démarches amoureuses : des amours non réciproques, des difficultés à se mettre en couple, à être en position d’objet du désir de l’autre ou encore à se rapprocher de son propre objet de désir. Certains connaissent des amours platoniques, tandis que d’autres enchaînent les partenaires sexuels sans se soucier de l’amour. Comment aborder l’objet de son désir, comment faire couple, comment approcher le corps de l’Autre ? L’adolescent, confronté à ces questions, est amené à trouver une issue.
Dans « Les transformations de la puberté », Freud traite la question de la métamorphose de la pulsion sexuelle. Pendant l’enfance celle-ci est autoérotique, puis elle se transforme en pulsion visant un objet sexuel, de sorte que le sujet puisse jouir de la relation sexuelle avec l’autre [1]. Pour Freud, une vie amoureuse normale se produit lorsque la libido prend sa forme définitive à partir de la convergence de deux courants, de tendresse et de sensualité. Le courant tendre concerne les investissements pulsionnels précoces et le choix d’objet infantile. Avec l’arrivée de la puberté, s’ajoute le courant sensuel qui vise la satisfaction sexuelle. La libido sexuelle, qui jusqu’alors avait investi l’objet primaire, est conduite, par l’interdiction de l’inceste, à trouver satisfaction auprès d’un objet étranger. Cependant, l’objet de la pulsion sexuelle ne pouvant être qu’un substitut de l’objet originel, la libido sexuelle ne peut atteindre une satisfaction complète [2].
Lacan va plus loin et propose une clinique au-delà de l’Œdipe, en formulant qu’ « il n’y a pas de rapport sexuel ». Jacques-Alain Miller éclaire cette position : « je ne jouis pas du corps de l’Autre [...]. On ne jouit jamais que de son propre corps [3] ». La pulsion ne peut être qu’autoérotique. Dans cette perspective, qu’est-ce qui peut conduire à une liaison amoureuse ? J.-A. Miller précise que « le symptôme vient à la place du non-rapport sexuel. Le symptôme est métaphore du non-rapport sexuel [4] ». « S’il y a rapport, quand s’établit ce qui semble être un rapport, c’est toujours un rapport symptomatique. [5] »
Avec l’avènement de la puberté et les changements qu’elle entraîne, le sujet est confronté à une nouvelle forme de jouissance qui surgit dans son propre corps, et au trou dans le symbolique du fait de la non-existence du rapport sexuel. L’adolescent est donc amené à donner une réponse, et à constituer un symptôme qui lui donnerait une orientation dans la rencontre avec le partenaire. Dans ce contexte, les symptômes et les fantasmes de l’enfance sont à reconfigurer. Les identifications narcissiques et les idéaux de l’enfance basculent également. La position du clinicien consiste à accompagner le sujet dans l’élaboration de sa solution afin qu’il puisse mener une vie amoureuse conforme à son désir.
Références
[1] Cf. Freud S., « Les transformations de la puberté », Trois essais sur la théorie de la sexualité, Paris, Gallimard, coll. Folio essais, 1989, p. 109-110.
[2] Cf. Freud S., « Du rabaissement le plus commun de la vie amoureuse », Psychologie de la vie amoureuse, Paris, Payot & Rivages, 2010.
[3] Miller J.-A., « En direction de l’adolescence », Après l’enfance, Paris, Navarin, 2017, p. 26.
[4] Miller J.-A., « La théorie du partenaire », Quarto, no 77, 2002, p. 6-33.
[5] Ibid.