Hiroshima mon amour-douloureux

Ioanna Verigaki

Le film Hiroshima mon amour est le récit d’une rencontre passionnée, qui se confond avec un grand amour issu du passé, entre un architecte japonais et une actrice française à Hiroshima en 1957. Pendant les vingt-quatre heures qu’ils passent ensemble, les deux protagonistes parlent de leurs souvenirs douloureux. L’homme évoque la guerre à Hiroshima, la femme raconte son histoire d’amour avec un soldat allemand durant la Seconde Guerre mondiale. Le film réalisé par Alain Resnais et dont le scénario a été écrit par Marguerite Duras se déroule entre des scènes de fiction narrative et des séquences documentaires. Le dialogue qui s’instaure entre les acteurs est une tentative de nommer le réel de la guerre et de la mort. « Elle : Hiroshima c’est ton nom. Lui : Ton nom à toi est Nevers ». Hiroshima reste une ville dont les fantasmes de la mort envahissent le présent « Tu n’as rien vu à Hiroshima ». Les corps des amants jouissent et partagent non seulement un désir érotique mais également une douleur crue, un impossible à dire. C’est l’impossible du rapport entre un homme et une femme.

C’est aussi un impossible qui concerne le drame collectif de Hiroshima et un drame individuel qui a eu lieu à Nevers. La rencontre entre ces deux amants fait surgir le souvenir d’un amour fou vécu pendant la jeunesse de l’héroïne, elle éveille la douleur de la perte de son amant assassiné sous ses yeux à Nevers. Le fait qu’elle reste toute la nuit à côté du corps de son amant tué, témoigne d’un amour fort, ravageant. Un amour qui supplée au rapport sexuel [1], qui dans un corps à corps pousse le sujet à croire à l’Un [2]. L’héroïne n’est pas détachée de ce premier amour impossible, qui se répète avec un deuxième amour tout aussi impossible à Hiroshima [3].

Dans le film domine le retour des sentiments amoureux d’une ancienne rencontre sur une nouvelle, la quête d’un amour qui répète le lien avec l’objet perdu que le sujet recherche sans cesse.

Dans ce sens le véritable objet de la relation amoureuse à Hiroshima c’est l’objet a masqué qu’incarne la personne perdue [4] et qui est la cause du désir de l’héroïne. Cela explique pourquoi « n’importe quel Allemand irremplaçable peut trouver immédiatement un substitut parfaitement valable dans le premier Japonais rencontré au coin de la rue [5] ».


Références

[1] Lacan J. Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 44.

[2] Meseguer O., « Le mariage de Nevers », La Cause du désir, n° 101, 2019, p. 111.

[3] Albano L., « Hiroshima mon amour : l’un vaut l’autre », Lacan regarde le cinéma, le cinéma regarde Lacan, Paris, collection rue Huysmans, 2011, p. 95.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’angoisse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2004, p. 387.

[5] Ibid.